Lire des extraits de Ce que hurle la mémoire

Ce que hurle la mémoire est un roman choral contemporain qui explore avec intensité la réalité du milieu médico-social, des EHPAD et des foyers de la protection de l’enfance. À travers les voix croisées d’un infirmier, d’une adolescente placée et d’une résidente en perte d’autonomie, ce livre donne corps à ceux que l’on oublie trop souvent : les soignants, les enfants cabossés, les anciens sans famille, les vivants que la société préfère taire.

Vous souhaitez lire des extraits de Ce que hurle la mémoire avant de commander le livre ? Cette page vous propose deux passages représentatifs de la puissance narrative et émotionnelle de ce roman engagé. Dans ces extraits, vous découvrirez un style poignant, direct, sans artifices, qui plonge le lecteur au cœur de scènes de vie bouleversantes. Il s’agit d’un roman engagé sur la mémoire, le soin, la solitude, mais aussi sur l’espoir et la résilience. Le ton est littéraire mais accessible, humain sans tomber dans le pathos. Chaque mot vise à faire sentir, comprendre, et parfois déranger.

Ces passages ont été choisis pour refléter la force émotionnelle du livre, sa portée sociale, et la sincérité de son propos. Vous y croiserez des soignants et éducateurs en tension, des souvenirs qui vacillent, des gestes de tendresse, et des silences trop lourds. C’est une lecture à fleur de peau, ancrée dans le réel, pensée pour celles et ceux qui veulent lire autrement.

Nicolas Bletin, l’auteur, signe ici son premier roman publié chez Olympe Littéra, une maison d’édition indépendante engagée dans une littérature du réel. Ce livre s’adresse autant aux lecteurs de témoignages en EHPAD, de récits de terrain ou de romans à dimension sociale, qu’à celles et ceux qui cherchent un texte profondément humain et littéraire.

Bonne lecture.

Thomas, l’infirmier

Je ne blâme pas le médecin, il suit sa procédure. Et moi, je fais ce que je dois, appeler, expliquer, négocier. Mais ce matin, en entendant ces mots, je comprends à quel point ce critère règne en maître dans l’univers médico-social des EHPAD. Il n’y a rien de mal à évaluer la dépendance, c’est nécessaire, mais quand ça devient l’élément qui dicte la prise en charge, j’y vois un potentiel dérapage éthique. On oublie la personne derrière les chiffres.

Un élan de colère m’envahit, bientôt refoulé : je sais que le système médical a ses limites, et que chacun tente de faire au mieux. Mais il y a des jours où je m’imagine lutter contre une machine sourde, où la bureaucratie broie la dignité des gens, consciencieusement. J’aurais voulu expliquer à ce médecin que monsieur Ribierre est plus qu’un dossier, qu’il a ses petites manies, ses peurs, son humour.

Cette frustration me serre la poitrine, comme un rappel que je ne peux pas toujours protéger mes résidents de l’absurdité administrative. Alors je me recentre, me concentrant sur l’humain, sur ces gestes concrets qui les sécurisent jour après jour.

Je soupire, le téléphone toujours entre les doigts, le regard fixé sur monsieur Ribierre, qui plaisante avec les aides-soignants.

Heureusement, lui ne se doute pas de tout ça. Dans son esprit, je suis juste l’infirmier qui appelle pour un conseil médical. Il ne saura jamais que, s’il avait été GIR 1, peut-être que ce même SAMU aurait dit « On verra, surveillez-le sur place ». Il ne saura pas que ce simple numéro, quelque part, définit la rapidité des secours. C’est peut-être mieux comme ça. Je raccroche, puis rejoins le groupe, en essayant de rester calme.

Marie Dubois, la résidente en EHPAD

Je m’assieds lentement, les jambes encore engourdies par le sommeil. Mon regard se pose sur la table de nuit où trône une photo jaunie : un cliché de moi, bien plus jeune, tenant par la main une petite fille aux boucles brunes. Mon souffle se coupe un instant. « Anne… c’est Anne sur la photo. Tu te souviens, Marie ? » me murmure une voix intérieure. Mais en vérité, je ne suis plus sûre de rien.

Je referme les yeux, comme pour nier cette confusion qui menace de m’engloutir. Je voudrais fermer mon esprit aux images qui s’entrechoquent, à ce prénom qui résonne dans ma tête. Pourtant, la réalité me rattrape : chaque matin, je ressens un peu plus la défaillance de ma mémoire. Les visages, les noms, les événements… parfois, je me souviens très précisément de choses qui se sont passées il y a vingt ans, et j’oublie ce qui m’est arrivé la veille. Au fond de moi, une petite voix formule les questions que je n’ose prononcer : « Que t’arrive-t-il, Marie ? Est-ce la maladie qui t’emporte ? Vas-tu oublier jusqu’à ton propre prénom ? ». Ces mots me glacent, mais je les sens tourner en boucle, incontrôlables. J’ai toujours cru qu’il fallait s’accrocher aux souvenirs, qu’ils étaient le fil d’or reliant le passé au présent. Aujourd’hui, j’ai l’impression que ce fil me glisse entre les doigts, et plus je tente de le saisir, plus il se déverse dans un vide inconnu.

Un frisson me parcourt. Malgré la chaleur du radiateur, j’ai la chair de poule, comme si tout dans cette chambre me rappelait ma vulnérabilité. Je laisse alors mon regard errer, et je réalise à quel point l’endroit est silencieux et isolé. Les murs, peints d’un beige tendre, semblent m’encercler.

Couverture de Ce que hurle la mémoire

Ce que hurle la mémoire

Publié par Olympe Littéra

par Nicolas Bletin

Un roman intense, sombre et profondément humain, porté par une tension qui s’installe au fil des pages. Choisissez votre format et votre librairie.

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